« Les dix stratégies de manipulation de masses » de Chomsky appliquées au gouvernement Sarkozy – Part I

Noam Chomsky

Noam Chomsky est depuis une cinquantaine d’années le poil à gratter de l’impérialisme américain. Philosophe et linguiste, son travail vise à décortiquer et dénoncer les stratégies de manipulation des masses. Il a notamment analysé les moyens par lesquels les gouvernements nous « vendent » les guerres impérialistes et coloniales.

Un article publié sur pressenza.com résume assez bien le travail de Chomsky en publiant « Les dix stratégies de manipulation de masses ». Il est toujours intéressant et concret d’appliquer les concepts à une situation qui nous est proche et qui fait l’actualité. Je me suis amusé à appliquer l’analyse de Chomsky à l’action du gouvernement français. Le moins que l’on puisse dire c’est que notre président, que l’on considère comme un as de la communication, s’est contenté de lire l’œuvre du penseur américain :

1/ La stratégie de la distraction

« Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles. »

On peut affirmer sans contradiction, qu’il s’agit de l’arme principale du gouvernement actuel depuis sa prise de fonction. Depuis mai 2007, la machine est réglée et ne s’essouffle pas, chaque semaine, nous avons le droit à un grand fait médiatique futile qui monopolise la Une des médias et l’attention du grand public. L’actualité qui nous est imposée par le gouvernement via les médias, alimente nos discutions, nos débats et notre temps de cerveau disponible, qui nous permettrait de nous focaliser (et de nous révolter) sur l’essentiel.

Un bref retour en arrière et une relecture des Unes de l’ensemble de la presse nationale (pas seulement celle de droite) depuis le début du mandat suffit comme argumentaire : débat sur l’insécurité, divorce avec Cécilia, photos volées à Eurodisney avec Carla, mariage avec Carla, visite de Kadhafi, le gout du luxe de Dati, le fiston à l’EPAD, la grippe aviaire, les dérapages verbaux racistes des membres du gouvernement, le débat sur l’identité nationale, le voile et plus récemment les bombes qui ne demandent qu’à péter sous la Tour Eiffel…. J’en oublie évidemment, et c’est finalement normal, tout cela est du futile, de la poudre aux yeux, l’arbre qui cache la fôret. Aucun de ces sujets d’actualité, n’aura une incidence sur la politique à long terme en France. En étant sarcastique on pourrait affirmer que ces Unes auraient en fait leur place au rayon faits divers et pourtant…

Il faudrait un livre entier pour comprendre les stratégies qui permettent au gouvernement de vendre son poisson à la presse (au delà des amitiés présidentielles avec les patrons des grands médias et des différents lobbys). Ce livre Chomsky l’a écrit : « La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie »

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

« Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics. »

Les exemples de ce type sont nombreux, mais la meilleure démonstration est selon moi le vote de la loi HADOPI. En faisant passer cette loi, l’état c’est immiscé dans un pan de nos libertés privées auxquelles il n’avait pas accès : celui d’Internet.

On ne peut pas remettre en cause les débordements que provoque cette zone de non-droit qu’est Internet. Le débat mérite d’être ouvert et je ne résumerai pas en quelques lignes tout ce qui a pu se dire à ce sujet. Cependant, en s’attaquant à ce problème le gouvernement a pris le contrôle d’une arme qu’il ne maitrise pas et de fait, qui lui fait peur.

Ce qui est dénonçable ce sont les arguments qui ont permis la promulgation de cette loi, la finalité des moyens que l’état s’est alloué n’ont rien à voir avec ce qui a été annoncé, soit lutter contre le piratage. Le véritable objectif est le contrôle d’Internet, quitte à bafouer les lois sur les libertés individuelles.

3/ La stratégie de la dégradation

« Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement. »

Sarkozy a souvent été décrit comme du Le Pen « light », le produit est le même mais, le packaging est mieux travaillé, beaucoup plus présentable, consensuel, moins choquant et capable de plaire au plus grand nombre. Dans le fond l’idéologie n’est pas la même, les parcours et les personnalités du borgne et du petit Nicolas rendent la comparaison exagérée. Cependant, ils ont en commun la mise à l’indexe de certains pans minoritaires de la population, sans pouvoir électoral et servant de bouc-émissaire.

Un linguiste comme Chomsky aurait de la matière en étudiant la sémantique utilisée par Sarkozy depuis 5 ans, d’un discours modéré, voir rassembleur, nous sommes passés à des propos stigmatisants, en passant par les dérapages (contrôlés) racistes, l’épisode du Karcher, pour arriver au discours de Grenoble cet été.

Petit à petit, la haine, l’exclusion de l’autre, une certaine forme de racisme se sont insérés dans les propos, dans les discours, dans les interventions. Comme le développe Chomsky, ce qui ressemble au début à des dérapages, fini par rentrer insidieusement dans les moeurs de chacun, puis dans la politique (debat sur l’identité nationale), pour finir dans les faits (démantèlement des camps de Roms et exclusion).

Il y a dix ans, sous Chirac, une telle politique d’exclusion n’était pas envisageable. Le terrain a été préparé et le conditionnement a permis de rendre cette situation acceptable.

4/ La stratégie du différé

« Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. »

Difficile pour cette partie de trouver un exemple qui soit lié à la politique de Sarkozy. Cependant, on pense assez vite à la gestion de la dette nationale ou à la gestion de la cotisation des retraites.

Dans les deux cas, le gouvernement qui prendra les décisions qui s’imposent se rendra impopulaire. Le remboursement de la dette sous-entend une période d’austérité, la reforme des retraites suppose que l’on travaillera plus longtemps.

Bref, les gouvernements qui se sont succédé se refilent la patate chaude au risque de voir plonger leur cote de popularité, fait qui montre les limites de la démocratie et des mandats de 5 ans. Mais c’est un autre débat…

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

« La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles. »

Pas besoin d’un long argumentaire pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le ton utilisé par nos politiques pour nous parler.

Voici deux vidéos, désormais cultes, qui termineront ce billet de retour aux affaires pour ce blog et qui illustreront avec le sourire ce dernier point. Pour les qualifier, je reprendrai les termes utilisés par Chomsky : « proche du débilitant ». A vous de juger :

Les 5 derniers points au prochain épisode…

4 Responses to « Les dix stratégies de manipulation de masses » de Chomsky appliquées au gouvernement Sarkozy – Part I

  1. Thibault says:

    Très intéressant. Je trouve que ça ressemble à ce document qui traîne sur la toile : http://goo.gl/v74T
    En tout cas il est évident que ça reste valable pour tout type d’homme politique 🙂

    • Clément says:

      Comme je le précise, je suis parti du travail de Chomsky, en me basant sur le type de document que tu as linké. J’ai essayé de le mettre en relief en appliquant ces thèses à une situation concrète.

      Il est certains que tu peux l’appliquer à tous les gouvernements sur cette planète, c’est ce qui rend le travail de Chomsky tout à fait pertinent.

  2. Ping : « Les dix stratégies de manipulation de masses » de Chomsky appliquées au gouvernement Sarkozy – Part II « fistup.

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